21.04.2007
La Piscine
J’peux pas, j’ai piscine !
(Excuse populaire bidon))
ans ma longue et douloureuse ascension vers le succès, j’ai dû faire nombre de sacrifices plus pénibles les uns que les autres. Mais le paroxysme a été atteint il y a peu, alors que je pensais enfin toucher du doigt le Saint Graal : l’iouèfème de Lyon me tendait presque les bras. En effet, malgré une honorable réussite écrite, il me manquait une pièce-maîtresse afin de compléter mon dossier et en finir une fois pour toutes : une attestation stipulant avoir réussi à nager 50 mètres de mon plein gré, sans événement extérieur influent (présence de requins, chute d’un bateau…).
Cependant, je dois pour cela faire face à certains obstacles assez embarrassants, étant à peine une barboteuse du dimanche. Pour être totalement franche, je ne vous cacherais ni mon flip total de ne pas avoir pied, ni mon aversion pour les piscines municipales, ces grandes réserves à urine, microbes et autres mycoses. Afin de me supporter moralement (et pourquoi pas physiquement aussi, on est jamais assez prudents), je demande d’une voix mouillée le soutien de Meilleure Amie, nageuse hors pair. Etant ce qu’elle est – ma meilleure amie – elle accepte bien volontiers, peut-être poussée par la crainte d’avoir ma mort sur la conscience.
Arrivées sur les lieux du crime, je dois affronter une première étape particulièrement traumatisante : traverser un lieu public à moitié nue. Ce n’est pas que je sois particulièrement pudibonde, bien au contraire, mais quant à me balader en petite tenue autour de parfaits étrangers, y’a quand même de la marge. Ma démarche est aussi coulée que celle de Robocop, vu que je dois à la fois cacher mon malaise et veiller à ce que ma serviette de bain ne se fasse pas la malle.
Après avoir été entrainée (de force) par une Meilleure Amie remontée comme un coucou suisse, je me retrouve confrontée au moment fatidique de l’examen que je tente mine de rien de reculer le plus possible. La petite félonne, pas dupe, coupe court en hélant un maître-nageur qui arbore un magnifique slip rouge. Il est aussi aimable qu’une porte de prison, mais à vrai dire je n’en suis pas étonnée outre mesure car les gens de cette profession ne sont que rarement cordiaux. Slip Rouge se met en position (bras croisés et jambes écartées, signe d’intense observation), je ne peux plus y couper.
En bonne poissarde que je suis, à l’instant-même où j’allais m’élancer vers la noyade victoire, voilà t’y pas que mon regard médusé croise… celui d’un Sauvageon. Ce dernier, ne pouvant contenir sa joie, hurle à qui veut l’entendre : « OH NOOOON, LA HOOONTE !!! ». Tâchant tant bien que mal de sauver le peu de dignité qu’il me reste, je ne me démonte pas et lui réponds : « Moi aussi Machin, je suis très heureuse de te voir ! Allez, pousse-toi ! ».
Et me voilà partie pour 50 mètres de grande solitude, malgré l’œil protecteur de Meilleure Amie. Mine de rien, 50 mètres c’est long ; du coup j’ai eu le temps de cogiter un maximum. « Qu’est-ce que je fous là ? Pourquoi faut-il que je me fourre toujours dans des situations pas possibles ? Ca sert à quoi de savoir nager, alors qu’on a inventé le canoë depuis la nuit des temps ? Et si je faisais semblant d’avoir une crampe ? La prochaine fois, je me débrouillerai pour avoir un ami haut placé qui me fournira le truc en loosdé… ».
A mi-chemin, je commence à m’inquiéter légèrement pour l’état dans lequel je serais à la fin du parcours : les bras commencent déjà à me cuire, et ma belle respiration régulière s’est transformée depuis un bail en un halètement furieux et désordonné. Au moment de repartir pour la seconde et dernière longueur, je tente une feinte afin de reprendre mon souffle, en mettant à peu près un demi-siècle pour me retourner. Slip Rouge a l’air de n’y voir que du feu. Comme j’ai un sérieux coup de mou sur le retour, j’essaye de me raisonner en me disant que ça serait con de craquer à deux doigts du bol de sangria. Et c’est là qu’est survenu le drame.
Arrivée au ¾ de mon calvaire, la situation se corse un peu plus : une saloperie de gamin saute dans la piscine pile au moment où je passe à sa hauteur, provoquant un monstrueux ras-de-marrée sur son passage. Le môme s’est élancé d’au moins deux mètres, ce qui fait que j’ai bien eu le temps de voir la catastrophe arriver. Inutile de préciser que j’ai bu la tasse, ou à ce stade là je dirais plutôt le bol, et je termine en toussant comme une tuberculeuse. Je prie Ste Rita (patronne des causes désespérées) de toutes mes forces pour qu’elle me tire vivante de ce mauvais pas. Ma brasse ressemble de plus en plus à des convulsions bizarroïdes. Enfin, après un temps qui me paraît interminable, j’atteints le bord opposé : comme quoi y’a quand même une justice sur Terre. Slip Rouge reste stoïque, mais je sens bien qu’au fond de lui il est mort de rire.
Au bord de la crise d’apoplexie, les muscles tétanisés par l’effort, je m’extirpe tant bien que mal – et plutôt mal d’ailleurs – de cet horrible bassin. Et là Slip Rouge commence à me poser 3 milliards de questions, ayant eu la mauvaise idée de lui dire que je n’étais pas très à l’aise dans l’eau (ce qui est un euphémisme). Erreur de débutant, me direz-vous : ne jamais avouer ses faiblesses ! J’en ai tellement marre je me lâche, malgré mon souffle aléatoire dû à une endurance à toute épreuve : « Ecoutez, on me demande un 50 mètres, je suis bête et disciplinée, je fais un 50 mètres, point barre ! », ce qui sous-entend « Ecoute Tête de nœud, on te demande juste de signer en bas du papelard, le reste on s’en tape comme de l’an 40 ! ». Il finit quand même par me donner le précieux document, de mauvaise grâce.
J'ai oublié de préciser qu'après ma non-performance, lors d'une douche bien méritée, je me rends compte que mon coude gauche est douloureux. Après une rapide inspection visuelle, il est même carrément en sang ! En fait, en me désappant (soit bien une bonne heure avant le rendage de compte), je me suis littéralement empalé ledit coude sur ma bague médiévale ; mais j'étais tellement obnubilée par une mort certaine que je ne me suis même pas aperçue que j'avais mal. Et après ça, on me dira que l'esprit n'est pas tout puissant...
Malgré la satisfaction du devoir accompli (encore une victoire de Canard), nous pouvons déplorer deux crèves, Meilleure Amie m’ayant fidèlement soutenu dans toutes les étapes…
(Source : ici !)
Bienvenue dans le monde de Belle Lurette… (et de ses défis téméraires !)
22:45 Publié dans De l'éducation | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : piscine, 50 mètres, nage, humour, maitre-nageur




















