29.07.2007
Les Dents
Il faut souffrir pour être belle.
(Auteur inconnu, mais qui était un sinistre cretin !))
uite à un violent accident de mastication durant lequel j’ouïs un craquement des plus sinistres dans ma mâchoire inférieure, je me retrouve de toute urgence chez Didi, mon dentiste adoré. Chacun sait que la plupart des arracheurs de dents sont des sadiques notoires, qui prennent un malin plaisir à vous transpercer la gencive avec la pompe à salive ou à faire vrombir la fraise histoire de vous terroriser davantage. Mais mon Didi, lui, ne mange pas de ce pain-là : il a toujours un petit mot réconfortant entre une anesthésie locale et un détartrage. Bref, bien qu’étant dentiste, il n’en reste pas moins un saint homme. Alors qu’il ausculte l’intérieur de ma bouche avec passion, le verdict tombe : les quenottes du fond appuient sur celles de devant, et du coup ces dernières se décalent de façon inexorable (d’où le craquement sinistre). Si vous voulez, c’est un peu comme les plaques tectoniques, sauf que ça se passe dans ma cavité buccale. Et en effet, à y regarder de plus près, la cruelle vérité me saute au visage : mes dents du bas sont à peu près aussi bien rangées que celles de Timbaland dans le clip « Say It Right ». Remarque, lui a l’air d’en être très fier vu qu’il doit y avoir approximativement 200 gros plans dessus en 3 minutes.
Seulement, partie la moins marrante du diagnostic, c’est que seule l’orthodontie peut venir à bout de ce mouvement intempestif de dents. Didi me précise tout de même avec gentillesse que je peux très bien m’en passer, tout en sachant que cela ne fera qu’empirer ignoblement avec l’âge, et qu’il y a de fortes chances pour qu’on doive carrément enlever plusieurs dents par la suite. Et je finirais vieille, sans quenottes, ruinée, et bien sûr abandonnée de tous à cause de ma laideur.
C’est donc la mort dans l’âme que je retrouve avec une non-joie à peine dissimulée Mme P., l’orthodontiste de mon jeune temps. Car oui, à l’adolescence j’arborais déjà comme nombre de mes petits camarades une magnifique dentition ferrée, mais uniquement sur la mâchoire du haut, cette grande professionnelle n’ayant pas jugé nécessaire à l’époque d’appareiller le bas. Vous me direz sans doute que je suis un peu neuneu pour y retourner ; seulement dans mon bled, les orthodontistes ça court pas les rues. Et comme le dit un vieux proverbe anglais, il vaut mieux choisir un mauvais cheval qu’on connaît qu’un mauvais cheval qu’on ne connaît pas. Sont trop sages, ces grands bretons.
Bien que cette gourdasse persiste à me tutoyer alors que j’avais allégrement dépassé la vingtaine, elle me laisse dans sa grande mansuétude le choix entre deux traitements : un qui sera très long, très pénible et très onéreux (qui a pour seul avantage d’éviter les bagues) et un autre moins long, moins pénible mais tout aussi onéreux, avec appareil. D’ailleurs à la vue du devis, j’ai songé un instant vendre un rein sur E-bay pour financer mon ravalement de façade. En plus, ayant largement dépassé l’âge légal pour obtenir des aides, on peut dire avec classe et raffinement que je l’avais bien profond. Mais bref.
La deuxième solution me paraissant donc la moins horrible, je me retrouve dans le cabinet de la vilaine Mme P. pour la pause des magnifiques bagues agrémentées d’un non moins seyant arc. On se serait cru dans « Retour vers le futur », un truc de dingue. Tout en essayant de penser à autre chose qu’à l’écarteur qui me bousille la commissure des lèvres, je la vois en train de trifouiller dans son tiroir à supplices ; je me dis que ça va barder pour mon matricule. Et là, en effet, cette folle furieuse me colle une espèce de lime à métaux entre les chicots et elle commence à donner de grands coups d’avant en arrière. Je précise que le bazar est à peu près trois fois plus large que l’espace entre mes dents !!! Franchement, à froid, le moins qu’on puisse dire c’est que ça surprend. J’étais partagée entre l’envie de m’évanouir d’épouvante et celle de dégobiller sur ses groles en guise de représailles. Du coup, ne sachant que choisir, je me contente d’incruster mes ongles dans son fauteuil en attendant que ça passe.
Et bizarrement, le temps s’écoule beaucoup moins vite quand quelqu’un vous triture la bouche avec le tact d’un bulldozer en action… enfin, au bout d’une éternité, la praticienne finit son odieux travail. C’est ainsi que je me retrouve avec un pare-chocs de Mini Cooper incrusté dans la mâchoire inférieure. Dans mon malheur, j’ai eu de la chance : je n’ai pas été baguée jusqu’aux dents du fond. Elle a pourtant bien essayé de m’enfoncer le truc de force avec la délicatesse de l’éléphant en rut, mais comme dit l’autre quand ça veut pas, ça veut pas ; du coup elle a fini par lâcher l’affaire. Thanks, God.
Mon supplice va durer six mois, durant lesquels j’ai retrouvé avec délice les joies des diverses nourritures coincées dans le râtelier, des brossages de dents qui durent des plombes, des maux de dents dus à des resserrages vengeurs (représailles à cause des dents du fond récalcitrantes ? Le mystère reste entier), j’en passe et des meilleures.
Eh oui mes chers amis, c’est à ce prix-là que je possède aujourd’hui une dentition qui ferait pâlir d’envie… hum… je ne sais pas… au hasard… Timbaland ?
Bienvenue dans le monde de Belle Lurette… (et de ses chicots bien rangés !)

21:50 Publié dans Des aléas de la branchitude | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : dents, appareil, dentaire, dentiste, orthodontiste, humour




















