10.08.2006
Le Brevet
Jean Ethier-Blais
ouloir passer son brevet de secourisme est un acte humaniste des plus louables, et c’est l’objectif que je me suis fixée il y a une semaine. Le but de la manœuvre est de savoir comment sauver la vie d’une personne qui a perdu une jambe et fait un malaise, tout en étant hémophile et épileptique alors que vous êtes seuls dans la forêt, que votre portable n’a plus de batterie et que vous n’avez à votre disposition qu’une fourchette rouillée. Bref, cet ambitieux programme à ingurgiter en 9 heures top chrono ferait passer Mc Gyver pour « Bricolo et Bricolette font leur cabane ». J’allais être guidée dans cette aventure qui s’annonçait épique par une monitrice en forme de Petite Mamie Mal Commode (P2MC), le cheveu blanc fraîchement permanenté. Cette dernière avait un troublant air de famille avec la vilaine Cruella d’Enfer, et dégageait à peu près autant de sympathie. J’ai découvert par empirisme qu’elle était également à moitié tarée et peu familière des technologies modernes (l’usage du trombinoscope lui était aussi naturel que l’est pour moi celui du nunchaku). Ceci entraîna un dommage collatéral non prévu : les séances de secourisme ont aggravé mon aversion naturelle pourtant déjà marquée pour les personnes ayant dépassé le stade de la vie active.
Après ce premier contact un peu rude, j’ai fait la rencontre de mes compagnons d’infortune. Il faut préalablement savoir que dans tout groupe humain normalement constitué, on trouve toujours deux types d’énergumènes plus abominablement exaspérant l’un que l’autre : le pseudo-savant (PS) et le vrai-lourd (VL). Bien que le PS soit censé être là pour apprendre de nouvelles choses passionnantes en compagnie de charmants petits camarades, il connaît déjà tout le programme et serait prêt à toutes les bassesses pour le faire savoir haut et fort. Le seul avantage du PS est que son comportement a réveillé le tyran irascible qui sommeille au fond de la P2MC, qui pour le coup a failli en avaler sa perruque d’énervement. Quant au VL, c’est encore moins reluisant. De nature profondément beauffe, il reste le champion indétrônable de la phrase qui achève. Bien sûr, ayant autant de chance qu’un chat noir passant sous une échelle un vendredi 13, c’est moi qui me le suis farcie en tant que binôme. Et de façon aussi certaine, mon VL n’a pas fait exception à la règle en me gratifiant d’une réplique qui restera dans les anales de la connerie profonde (attention, discours direct approximativement authentique) :
Moi, gourdasse style : – Oh là là, c’est pas facile de faire un garrot avec un si grand bout de tissu !
Lui, crétin des bois style : – C’est sûr, ça aurait été plus simple avec un string.
Moi, interloquée style : – (…)
Sur le coup, j’ai pensé que mon esprit mal tourné me faisait entendre des trucs pas nets. Mais non… le VL n’a peur de rien, c’est même à ça qu’on le reconnaît ! Alors messieurs, si jamais vous utilisiez cette technique pour draguer, je pense qu’il est inutile d’insister d’avantage : toute fille ayant un minimum de jugeotte vous prendra au mieux pour un looser, au pire pour un pervers.
Comme vous avez pu le constater plus haut, la forme est relativement peu reluisante. Mais le fond est tout de même intéressant, et après tout c’est bien le plus important. Vous apprenez des astuces d’un exotisme torride, comme le fait qu’il faille mettre tout membre coupé dans un sac plastique, lui-même placé dans un récipient plein de glaçons (ayant donc toujours sur vous une super grosse glacière, au cas où un de vos potes perde inopinément sa jambe…), ou bien qu’il est inutile de faire un massage cardiaque à une personne décédée – avec explications détaillées sur comment savoir que ladite personne est morte –, ou encore une revue exhaustive de tous les petits symptômes de rien du tout qui cachent en fait des maladies hyper méga graves. Mais je ne vous en dis pas plus, vous n’avez qu’à passer votre brevet, bande de petits curieux.
Bienvenue dans le monde de Belle Lurette… (et de ses expériences inédites !)
PS : Au fait, j’oubliais. Le brevet, je l’ai eu. Et pour le même prix je suis repartie avec un super bouquin plein de jolies images qui récapitule tout ce que la malcommode monitrice a tenté péniblement de nous inculquer pendant ces trois jours intensifs. Trop contente, quoi.
Source : c'est ici !
11:20 Publié dans De la petite lucarne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : brevet, secourisme, croix rouge, humour




















