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09.08.2006

Le concours

Qui obtiendra le premier prix dans un concours de circonstances ? 

Paul Claudel

 

medium_L.2.jpge concours, aussi appelé « chemin de croix », est un processus évolutif qui déconfite progressivement celui qui s’est lancé dans cette improbable aventure.

 

Un concours n’est pas qu’un court moment difficile à passer. Aussi incroyable que cela puisse paraître aux non-initiés, tout un travail en amont est absolument indispensable afin d’arriver dans des conditions optimales à l’épreuve tant redoutée. Durant les quelques mois qui sont généreusement accordés au prétendant fonctionnaire pour mener à bien sa quête, ce dernier mettra tout en oeuvre pour dénicher, lire, résumer et surtout comprendre un maximum de notions éducatives plus obscures les unes que les autres, et ingurgitera à s’en faire péter le bide des textes législatifs qui feraient passer Goethe pour du Oui-Oui à la mer ; ceci dans l’optique de masquer le plus habillement possible son inexpérience en la matière. Les hypothétiques titulaires ayant le plus l’amour du risque se contenteront de renifler l’air du temps et bouquineront deux/trois ouvrages tendances pour se donner bonne conscience : c’est une combine qui a également fait ses preuves.

 

Pendant la première station de son calvaire, le candidat est caractérisé par des dents qui rayent le plancher et une foi digne de Bernadette Soubirous. Conscient d’être porteur d’une mission divine auprès de jeunes sauvageons, il caressera le fol mais néanmoins bien vivant espoir d’obtenir le diplôme convoité. Consécration réservée aux élites émulées par l’esprit de compétition, la réussite au concours fait basculer le postulant dans l’univers des Elus, ceux qui ont triomphé des embûches que l’Education Nationale a mises sur leur route avec un plaisir non dissimulé.

 

Durant la halte suivante sur ce long chemin vers la gloire, les objectifs sont légèrement revus à la baisse. Mi figue-mimolette, le candidat verra sa confiance en lui ébranlée par la quantité de ses lacunes, des notes aux épreuves blanches quelque peu pas terribles et le nombre dérisoire de postes octroyés par le Gouvernement. C’est ce que le commun des mortels appelle « être confronté à la dure réalité ». Les professeurs mettront d’ailleurs tout leur zèle à bien faire comprendre aux aspirants certifiés que de toute façon, ils ne pourront pas changer grand-chose à la situation actuelle, et qu’il ne faut pas confondre leur métier avec celui de Superman. Ceci aidant à relativiser sur la médiocrité du travail fourni sur le terrain par les professionnels, observés lors de stages pas toujours concluants.

 

Lors de l’avant-dernière halte de son parcours initiatique, le candidat raisonnable aura adopté la « on verra bien » attitude : rien ne sert de flipper, il faut agir à point. Malgré une décontraction durement acquise, les emm… euh les contrariétés sont encore légion et guettent d’un œil chafouin le moindre flanchage d’entrain. Afin d’effectuer une présélection sur les nerfs des candidats, ceux-ci se retrouvent convoqués à Perpette-les-Oies, charmante petite bourgade desservie par un bus et demi se situant à 20 km de Biiip, ayant pour unique attrait un établissement d’enseignement secondaire dans lequel les aspirants éducateurs nationaux auront le plaisir de se cailler les meules pendant quatre heures, réduction budgétaire ministérielle oblige. C’est ainsi que Biiip aura perdu sa seule qualité : la relative importance que lui conférait son statut de ville phare dans l’académie n’empêchera même pas ses habitants de courir par monts et par vaux. Les épreuves écrites étant au nombre de deux, les candidats auront la chance incroyable de devoir se déplacer autant de fois au Trou du cul du monde, armés d’un plan (un itinéraire n’étant pas prévu par les convoqueurs, sans doute pour les mêmes raisons que pour l’absence de chauffage… à moins que cela ne soit une autre technique d’écrémage !). Les compétiteurs les plus malchanceux se verront annoncer en cours de première épreuve que suite à un cafouillage monstre (ce qui signifie : « on a confié les enveloppes à un débile profond, qui ne sachant lire que depuis quelques jours, s’est emmêlé les pinceaux lors de l’ouverture des sujets »…), l’épreuve du lendemain est reportée à dans un mois. Et hop, un évincement insidieux de plus.

 

L’apogée de ces tribulations consiste en une attente interminable des résultats. Certes, cela n'a pas été drôle, mais ça l'a été encore moins de les avoir.

 

Bienvenue dans le monde de Belle Lurette (et de ses échecs cuisants !)…

 

 

 

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(Source : c’est ici !)

Commentaires

Ben dis donc, t'es drôlement remontée toi !
Ma mère est "professeur des écoles" (genre institutrice en plus classieux... )
Et crois-moi sur parole... ce que tu vis c'est bel et bien "oui-oui à la mer"... Attention j'veux pas te dégouter hein ! C'est juste qu'à un moment faut vraiment se poser la question suivante :
Ce métier est-il une vocation ou serai-je assez coriace pour pas virer sérial killer ?

Ecrit par : miss B | 21.08.2006

J'ai toujours été une utopiste mégalomane... il en faut plus pour me décourager.
Et à la rentrée prochaine je rentre dans la si magnifique famille de l'Ed' Nat' (ouf !) : ça sera l'occas' de mettre à l'épreuve ma grande gueule...
Mais tout ceci n'est que le début de l'aventure... on en reparlera dans quelques années ;)

Ecrit par : Belle Lurette | 21.08.2006

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