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09.08.2006
Le cheveu
Jules Jouy
l n’y a aucun doute : je suis une digne représentante de la créature la plus évoluée sur Terre, à savoir la femme. Problème de taille, si j’ose dire : je-ne-sais quel crétin a décrété qu’une femme, ça portait les cheveux longs – fantasme aussi vieux que l’âge des cavernes, où le mâle dominant trouvait en la crinière abondante une solide prise permettant de traîner l’objet de sa convoitise jusque dans son antre.
Bien que les temps aient changé depuis cette époque barbare, l’homme préhistorique qui sommeille en chaque représentant du sexe dit fort a parfois du mal à intégrer qu’une demoiselle peut très bien porter le cheveu court et conserver tout son sex-appeal. Mais attention hein, quand je dis « courts », je ne devise pas sur un vague carré à peine dégradé dans la nuque… mais plutôt d’une coupe à la Sinéad O’Connor ou à la Dolores O’Riordan à leurs grandes époques respectives. Je vous laisse 5 minutes pour reprendre vos esprits.
Chers réfractaires à l’évolution capillaire féminine, sachez que le style « Bartez est plus chevelu que moi et je le vaux bien » est parfois dicté par des impératifs sur lesquels nous n’avons aucune prise (pour de plus amples explications, vous pouvez vous adresser à mes chromosomes). Dans le cas qui nous intéresse ici – à savoir le mien – s’il me reprenait l’envie de faire pousser les crins qui ornent mon crâne, je pourrais aisément me reconvertir en doublure du Capitaine Caverne. Bref, dans le but de ne pas altérer l’acuité visuelle des gens que je côtoie, un tif taillé de près vaut mieux qu’un amoncellement de frisottis pailleux. J’ai donc pris le pari de ne plus céder aux sirènes de la pression sociale : j’assume fièrement ma trois poils sur le caillou attitude. Envers et contre tout je lutte, au prix de quelques sacrifices. Par exemple, devoir me rendre très régulièrement chez un capilliculteur avec à la bouche la même "magic sentence" prête à consommer depuis près d’une décennie : « bonjour, ça serait pour une coupe, mais alors très très courte hein (bien insister sur le TRES), et puis surtout (bien insister sur le SURTOUT), bien désépaissie sur le dessus ». En effet, par je ne sais quel maléfice génétique, les cheveux situés sur le haut de mon crâne croissent beaucoup plus rapidement que leurs collègues implantés sur les côtés (à cause de la gravité, peut-être ?). Mais malgré mes précieuses indications et comme nombre de ses collègues, ledit capilliculteur se contentera de ne pas trop se mouiller en épointant vaguement les frisottis les plus apparents d’un air mi-affolé, mi-consterné. La suite logique de cette aventure veut que, écoeuré de son art, le malheureux coiffeur sera tellement déprimé qu'il fermera son salon pour se reconvertir dans l'élevage caprin.
Je m’adresse donc ici à tous nos amis coupe-tifs qui me lisent, et Dieu seul sait combien ils sont nombreux : si c’est pour faire un truc tout moche sans queue ni tête et à peine différent de ce que j’avais sur la caboche en arrivant dans le salon, je suis assez grande pour le faire toute seule… alors allez-y franco, bon sang ! Et puis vous gagnerez une nouvelle cliente qui pour vous sera une vraie poule aux œufs d’or…
Comme les filles aux cheveux courts sont trop souvent victimes de préjugés, j’ai décidé d’un commun accord avec moi-même de me dédicacer ce billet en tant que leader charismatique d'un nouveau mouvement capillaire. Pour être complètement honnête, une fois de plus je couine, mais en fait jamais personne en s’en est plaint, bien au contraire… c'est juste devenu une seconde nature !
Bienvenue dans le monde de Belle Lurette (et de ses problèmes qui n'en sont pas...)
Source : Belle Lurette
22:20 Publié dans De l'utilité d'avoir un nombril | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : humour, cheveux courts, coiffeur, préjugé





















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