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02.08.2006

Le Voisin

Nous faisons nos amis, nous faisons nos ennemis, mais Dieu fait notre voisin. 

Gilbert Keith Chesterton  

 

 

medium_L.jpga première histoire que je m’en vais vous conter s’est déroulé il y a fort longtemps, alors que j’avais encore le statut enviable d’étudiante. Un mois avant la rentrée des classes, j’appris mon admission l’IUFM de Biiiiip (ville estudiantine censurée pour préserver sa réputation et le peu d’intimité qu’il me restera à la fin de ce billet). Après moult pérégrinations dont il serait inutilement fastidieux d’étaler ici les détails, je trouvai un petit appartement sous les toits, proche de mon futur lieu d’études et plutôt fonctionnel bien qu’exigu.

 

 

Les choses se corsèrent dans les quelques semaines, que dis-je, les quelques jours qui suivirent mon emménagement. Je saisis vite que le silence provenant de l’appartement d’en face n’était point la manifestation de la bienséance de son occupant, mais plutôt celle de son absence. En effet, mon besoin urgent de logement m’a fait négliger un paramètre qu’il aurait pourtant été judicieux de prendre en considération : LE VOISIN. C’est ainsi que je vis ma « cellule monacale » (selon les propres dires de mon propriétaire) se transformer de jour comme de nuit en discothèque miniature ! La « cellule monacale » ne tint donc plus son nom que de sa surface habitable…

 

Non content de produire quotidiennement le volume sonore équivalent à celui d’un aéroport, Le Voisin a adopté de fort curieuses manières. Par exemple, celle de confondre le couloir avec la benne à ordures. Ainsi ais-je eu rapidement la surprise de me trouver nez à nez avec un sac poubelle béant, d’où émanaient des effluves des plus exotiques. Un vice n’arrivant jamais seul, des amas de mégots à l’aspect aussi peu catholique que leur propriétaire s’amoncelèrent également près de leurs amis détritus : un vrai tableau de Bernard Réquichot. Le Voisin avait cependant très mal dressé ses ordures, car ces dernières refusèrent catégoriquement de descendre seules s’auto-porter dans le conteneur prévu à cet effet, et préférèrent parfumer généreusement le corridor d’un doux fumet mêlant la bière aux restes de pizza de la veille. Car Le Voisin était partageur. Chaque jour, une horde d’amis qui feraient passer le XV de France pour des petits rats de l’opéra s’invita fraternellement dans l’appartement du Voisin. Et ce qui est magnifique, c’est que l’amitié partagée faisait totalement oublier que l’on habitait pas seul dans un immeuble de deux étages : les Amis sortaient de l’appartement du Voisin en plein milieu de la nuit, avec la délicatesse qui caractérisait leur entrée. En ouvrant sa porte et vu l’étroitesse du couloir, le Voisin – dans sa grande générosité – en profitait pour faire entrer dans mon pied-à-terre une délicate odeur de cramé qui venait chatouiller mes narines endormies (qui pour le coup viraient au rouge vif).

 

Au début, j’eus envie de lui laisser le bénéfice du doute. J’avoue avoir pensé, dans un élan aussi naïf qu’optimiste, être confrontée à un être doué de raison qui après explication comprendrait combien son comportement était en totale inadéquation avec une quelconque vie sociétale équilibrée. En effet, tout le monde n’a pas la chance d’avoir reçu une éducation aussi admirable que la mienne. Mais après plusieurs tentatives plus infructueuses les unes que les autres, je dus me rendre à l’évidence : le Voisin, en plus de ses innombrables défauts, était un pécore mal dégrossi et égoïste qui avait décidé de saboter mon année scolaire.

 

 

Bienvenue dans le monde de Belle Lurette… (et de ses problèmes existentiels !)

 

medium_plafond_voisin-inter.3.jpg
 (Source : c'est ici !)

Commentaires

dis,je manque de place,est ce que je pourrais mettre mes
poubelles et mes dechets recyclables chez toi,le temps de trouver
un emplacement adequate,d'avance merci.

Ton voisin.

Ecrit par : Philippe | 09.10.2007

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